Lettre n°7
Plaidoyer pour la médiation commerciale
En permettant de renouer le dialogue, la médiation apporte une réponse aux problèmes qui interviennent dans la vie des affaires et l’exécution des contrats, quelle que soit la taille ou la nature de l’entreprise. Quelle société n’a pas été, un jour, confrontée à un retard ou un refus de paiement, à une rupture de pourparlers ou de contrats, à des pénalités, à des problèmes entre associés ? La liste est longue !
La médiation commerciale remet à plat les difficultés qui peuvent survenir. Elle permet de faire face à l’urgence et au besoin de confidentialité, composante essentielle de la médiation. En apaisant les relations, elle permet le maintien des relations commerciales entre les parties, elle leur redonne confiance. Elle permet d’identifier la racine du conflit et de le résoudre positivement. Faire le choix de la médiation, dans le domaine commercial, c’est miser sur la poursuite des relations à moyen et long terme. Sans tomber dans le « tout médiation », il est particulièrement judicieux de ne pas rester dans le « tout contentieux ». D’ailleurs, la médiation se révèle aussi utile pour prévenir les conflits avant qu’ils ne surgissent. La meilleure façon de les résoudre, c’est de les prévenir.
La médiation procède d’une démarche subtile qui nécessite de la part de tout médiateur une posture particulière. On parle d’écoute « active », de reformulation, de questionnement, avec comme objectif de clarifier les propos, de s’assurer d’une bonne compréhension et de permettre le meilleur échange possible pour aboutir à une solution voulue et maîtrisée par les parties. Le domaine de la médiation commerciale n’est pas différent des autres, sauf peut-être qu’une certaine connaissance de l’environnement peut permettre d’éviter tout risque de déstabilisation ou de manipulation. Le médiateur se doit aussi d’être particulièrement vigilant au risque de conflits d’intérêt.
Malgré tous ces avantages et un taux de réussite d’environ 70%, la médiation n’est pas suffisamment entrée dans les mœurs des entreprises de taille moyenne ou petite. Nous le savons, nous vivons, nous Français, dans une culture très marquée par le conflit.
Pour en sortir, ayons le « réflexe médiation ».
Ce réflexe concerne l’ensemble des intervenants :
Il part de l’entreprise qui doit sensibiliser ses collaborateurs par des formations à la négociation raisonnée et à la médiation et par l’ajout de clauses de recours à la médiation dans les contrats.
Il touche les médiateurs pour qu’ils puissent bénéficier d’une totale confiance des parties.
Une formation obligatoire, initiale et continue, théorique et pratique, est nécessaire de même que le respect d’un code de déontologie adapté à sa mission. Une pratique régulière est aussi nécessaire.
Elle touche l’offre de médiation commerciale conventionnelle qui est très large et qui s’est constituée au fil des années autour d’associations de médiation, telle l’ANM. Pour gagner en crédibilité et en influence, il est nécessaire que cette offre se structure. Il faut un Conseil National de la Médiation. Des outils statistiques adaptés et informatisés avec un indicateur de performance permettraient une meilleure lisibilité. La mise en place, récente, par les pouvoirs publics, de listes de médiateurs par Cour d’appel procède de la même volonté. A côté de la médiation commerciale conventionnelle coexiste le Médiateur des entreprises. C’est une médiation institutionnelle dont l’approche est un peu différente, puisqu’il appartient au médiateur des entreprises de contacter l’autre partie et de recueillir son accord avant de commencer officiellement le processus de médiation. Il engage aussi des médiations collectives ainsi que des médiations de filières et est particulièrement actif dans le secteur des marchés publics.
La médiation commerciale se développe aussi au sein des tribunaux. Elle est prescrite par les juges, le plus souvent, lors de la mise en état des dossiers en première instance et en appel. Le juge est le garant de la paix sociale et, à ce titre, la médiation lui permet d’être à l’écoute des parties et de « moins juger pour mieux juger » Deux modes de règlement des différends coexistent dans la loi, la médiation et la conciliation. Ils sont de même nature, ont le même objectif, mais le processus de la conciliation est plus directif que celui de la médiation. Les conciliateurs sont des auxiliaires de justice, le plus souvent d’anciens juges des tribunaux de commerce. Les tribunaux de commerce font de la conciliation judiciaire un axe de leur activité. De ce fait, et hormis pour les affaires complexes, les recours à la médiation judiciaire sont, à ce jour, peu fréquents.
La médiation commerciale est créatrice de valeurs. La développer est une nécessité. Mission possible !
Yves Lelièvre, Administrateur ANM
Ancien Président de la Conférence des Juges Consulaires
Le mot du Président
Votre lettre N°7 est bien là, témoin de l’énergie et de la créativité de nos médiateurs dans tous les coins de France… et de Suisse Romande !
Chers lecteurs et lectrices assidus à « La Lettre »,
Commençons par l’essentiel, la logique de l’action de proximité portée par l’énergie des régions : la Drôme avec 6 étudiants créatifs de l’Ifomene qui ont choisi d’organiser un colloque en lieu de mémoire, la foire de Lyon vue par notre stagiaire en médiation Manuella dos Santos Daher, la pratique en Alsace à travers l’expérience d’Alsace Médiation racontée par Marie-Josée Marco-Rigaud, l’enracinement (10 ans) de notre partenariat avec l’Université de Toulouse I dans le DU « Droit et Pratiques de la Médiation », les enseignements tirés de la médiation de voisinage en Suisse Romande par Isabelle Raboud et Philippe Beck, enseignements bien utiles pour nous aider dans le management du contrat de médiation de voisinage que l’ANM a passé avec Paris Habitat.
Prenons maintenant de la hauteur : Alain Roy nous invite à pénétrer dans l’univers de Gary Friedman, en proposant de franciser « l’inside out » de Gary qu’il troque pour un « En soi, vers l’autre ». Dans un point de vue complémentaire, Dominique Chevaillier Boisseau nous initie aux « communaux collaboratifs » et au « self care ». Enfin, lisez Pierre Grand qui nous rappelle la place de l’éthique en médiation, sans pour autant en faire une ascèse. Ne dit-il pas avec son bel humour, « qu’il ne s’agit ni de rassembler les ermites de la masse silencieuse ni de réunir le cercle des médiateurs disparus ».
Parlons aussi métier : Jean-François Pellerin nous dit tout sur l’identité professionnelle du médiateur portée par le SYME. Yves Lelièvre, fort de son expérience d’ancien président de la conférence des juges consulaires, nous appelle à nous investir dans la médiation commerciale. Michel Petitjean nous fait partager son regard sur la médiation dans le monde, regard marqué par sa formation d’ingénieur.
Pour la bonne bouche, Dominique Weber nous invite à goûter les Etats Généraux de la Médiation à venir comme « la confiture d’officiers » d’antan.
Enfin, restons pratique ! un calendrier des activités à Paris, mais aussi Lyon et Bordeaux vous est proposé.
Bonne lecture !
Didier Morfoisse, Président de l'ANM
La médiation pour tout pour tous partout ?
Mémoire façon colloque, un pari réussi ?
Jeudi 9 novembre 2017 s’est déroulé à l’Hôtel départemental de la Drôme un colloque organisé par six étudiants du DU2 Médiation de l’IFOMENE, promotion 2017 Drôme Isère Savoie, avec l’accompagnement de François SAVIGNY.
Le co-président de la Fédération des Centres de Médiation du Grand Ouest (FCMGO), Laurent DRUGEON, a ouvert le colloque, qui rassemblait sur une même scène les acteurs locaux de la médiation autour de trois tables rondes interactives avec le public :
- Médiation et Justice administrative : avec l'intervention dynamique de Denis BEL Président du Tribunal administratif de Grenoble, Paul JOURNE Premier Conseiller au Tribunal administratif de Grenoble, Hirbod DEHGHANI-AZAR, Avocat et formateur à l'IFOMENE, ancien président de l'Association des médiateurs européens (AME), Guillaume PROUST Avocat médiateur (promotion 2017 de l'IFOMENE) :
- cette table ronde a relevé les freins au développement de la médiation administrative malgré la loi de novembre 2016 ; que penser du projet de décret qui la rendrait obligatoire ? Les Magistrats ont témoigné leur intérêt à développer la médiation en amont et pendant la procédure administrative.
- L'économie sociale et solidaire à l'épreuve des conflits : avec les témoignages d’Isabelle JORGE chargée de mission de l'Union régionale des Sociétés coopératives et participatives (SCOP), Christian MEYER Médiateur, Aurélie LE MEUR Coordinatrice INITIACTIVE Savoie :
- Les témoignages ont révélé la complexité des conflits dans ces structures de l’économie sociale et solidaire, où la même personne est à la fois salariée (rapports hiérarchiques verticaux) et associée (rapports horizontaux). Des acteurs au service des autres, qui tentent de gérer entre eux leurs conflits internes.
- La Médiation dans l'entreprise et comment transformer un conflit en opportunité ? : avec les participations coordonnées de Pierre PELOUZET Médiateur des entreprises auprès du Ministre de l'économie et des finances, Séverine WERQUIN-MATTON présidente des Femmes chefs d'entreprises (FCE) de l'Isère, Alain GUIBERT Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Drôme, Marielle PLANEL Médiateur Professionnel du Centre Médiation Active adhérent A.N.M. et le témoignage d'une médiation réussie d'une Dirigeante Chantal CHANCRIN gérante du SPA OASIS NATURA :
- Les échanges de cette table ont démontré l'intérêt de la médiation d'entreprise pour éviter la rupture des relations interpersonnelles comme commerciales, l'intérêt de la médiation intra-entreprise pour protéger l'Employeur ET le Salarié, en réponse aux obligations de Prévention et de Sécurité de résultat, et l'expérience d'une médiation qui a transformé le conflit en opportunité organisationnelle.
Philippe PARAZON, consultant et accompagnateur du changement, a fait virevolter la parole et les questions entre les intervenants et su mobiliser la pleine participation de la salle.
Le succès de ce colloque est dû à la diversité des acteurs ainsi rassemblés pour parler d'une même voix – avec des regards différents - des intérêts de la médiation !
Une approche particulière du travail de chaque protagoniste : le médiateur, le juge, l’avocat, la personne médiée où chacun a pu s’imaginer à la place de l’autre pour s’interroger sur le rôle de chacun.
Après un tour d’horizon de la problématique de chaque table ronde, il était proposé aux congressistes de se regrouper par groupe de 6 pour poser à leur tour 6 questions aux participants venus d’horizons divers.
Au travers de ce colloque, LA MÉDIATION POUR TOUT ? POUR TOUS ? PARTOUT ? se posaient plusieurs questions :
- l’avenir de la médiation face à l’engorgement de la justice
- la satisfaction des médiés par rapport au recours à un procès
- la formation du médiateur
Il est toujours difficile de faire un état des lieux après avoir vécu un moment aussi fort que fut ce colloque du 9 novembre 2017.
Dans son intervention de clôture, Patrick VIVERET, avec brio et simplicité, a su nous rappeler l’humanité de l’Autre dans le conflit.
Consulter la vidéo.
Ce philosophe essayiste, par sa méthode de la construction des désaccords féconds, a réfléchi à la mobilisation de l’Intelligence collective.
Cette méthode vise à élaborer des solutions non pas sur le plus petit dénominateur connu mais au contraire le plus large éventail d’avis même et surtout contradictoires.
Un groupe d’individus qui veut agir ensemble achoppe tôt ou tard sur la gestion des désaccords du fait de personnalités, cultures, de points de vue et d’aspirations qui diffèrent.
Un groupe d’étudiants qui veut organiser un colloque pour l’obtention de son diplôme de médiateurs n’échappe pas à ce postulat.
Très vite, nous avons pu ressentir en nous côtoyant, nos différences mais aussi les points forts de chacun.
Nous avons su éviter les deux écueils classiques de tout travail en équipe de se débarrasser des désaccords :
- L’option hypocrite consistant à faire consensus pour ne pas fâcher mais créant des frustrations
- L’option clash avec un rapport ouvert portant atteinte à la synergie du groupe
Le travail en équipe pour promouvoir la médiation nous a apporté beaucoup à tous en tant que personnes et en tant que futurs médiateurs.
Nous avons réussi à construire nos désaccords pour faire de nos différences un atout, ce qui a contribué au succès de ce colloque organisé par des médiateurs en herbe.
Notre support vidéo est la preuve vivante de cette belle réalisation.
Consultez toutes les vidéos.
L’enjeu était important pour notre collectif. Ce colloque, s’il est le point final de notre formation de médiateur, est aussi le point de départ de notre nouveau centre de médiation.
Parler de la médiation LA MÉDIATION POUR TOUT ? POUR TOUS ? PARTOUT ? sera le cheval de bataille de notre collectif et, plus précisément, d’ARCADA MÉDIATION.
Corinne Beaufour-Garraude, Solen Bel-Latour, Nathalie Givet, Alain Henry, Olivia Kloppenburg, Jean-Loup Macé, Jean-Luc Robert
Une recette de l’ANM…
…proposée en vue des Etats Généraux de la Médiation (EGM)
Les Etats Généraux de la Médiation auront lieu le 15 juin 2018 au Palais Bourbon. Les préparatifs vont bon train.
A l’arrivée du printemps me vient l’envie de partager une recette que j’apprécie et que je déguste en ce moment, me disant parfois que j’exagère un peu, que c’est un peu trop copieux et en redemandant cependant avec gourmandise.
Les Œufs GéMés
Les mets sont fragiles et délicieux (un peu comme pour la confiture d’officier *).
Ingrédients :
- Un projet pour un festin, bien compris, bien accepté
- Savoir ce que l’on veut obtenir tout en restant ouverts à la manière dont le groupe de travail va enrichir la recette et la réajuster de manière itérative
- Etre convaincus par le projet, son utilité et la capacité à le porter ensemble en réunissant le plus grand nombre
- Des personnes volontaires et engagées, issues de secteurs variés avec l’envie de travailler ensemble dans le respect des différences
- Une boîte à ego à utiliser sans modération
- Une pincée de bonne humeur
- Un zeste d’autorité et une grande bienveillance…
Préparation :
Rassembler les ingrédients en y apportant le plus grand soin.
Participer au mouvement dynamique et constructif.
Etre vigilent à tout nouvel apport.
Réduire l’appareil pour rester concis et synthétique tout en étant attentif, avec confiance à tous les changements de consistance.
Maintenir un minimum de pression pour faire frémir sans bouillir.
Déguster le résultat des premiers tests, des essais ou travaux avec gourmandise et enthousiasme.
Focus sur quelques ingrédients particuliers à la recette :
1. La Boîte à EGO
Nous savons tous combien l’ego, qui prive ceux qui en sont prisonniers d’une réelle liberté, peut être un frein puissant dans un groupe de travail.
Imaginée par Gabrielle PLANES, « la boîte à Egos » permet à chacun de se défaire de son emprise. En début de réunion, chaque personne dépose symboliquement son ego dans une boîte et s’en libère ainsi le temps de la réunion. Au cours des débats, si le besoin s’en fait sentir, les participants rappellent avec humour et en toute bienveillance, à celui ou celle qui viendrait à s’égarer, le principe de la boîte à Ego.
2. Pas de hiérarchie
D’après Wikipédia, l'holacratie est un système d'organisation de la gouvernance, fondé sur la mise en œuvre formalisée de l’intelligence collective. Opérationnellement, elle permet de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d'une organisation d'équipes auto-organisées.
Elle fait en principe disparaitre le pouvoir et le modèle pyramidal des structures hiérarchiques traditionnelles et offre une liberté sans limite d’expression des talents créatifs.
Cette forme d’agilité permet une véritable autorité distribuée via des “réunions de gouvernance” au cours desquelles, les rôles sont revisités suivant les derniers travaux de l’équipe et les nouveaux objectifs à atteindre.
Conclusion :
Le principe de responsabilité si fort en médiation est largement appliqué par les participants ; chacun choisit sa mission et les responsabilités qu’il se sent en capacité d’assumer.
Une posture ouverte et positive permet de maintenir la cohésion du groupe lors de discussions qui peuvent être rudes.
La co-construction de projet suppose un fonctionnement en intelligence collective et un engagement des participants plus intense encore que ce qui est nécessaire lors d’une concertation.
Si l’implication d’une pluralité d’acteurs dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet m’a toujours ravie, c’est la première fois que j’expérimente une organisation aussi « holacratique » et je constate que cela marche avec autant d’étonnement que de plaisir.
Je vous remercie pour toutes ces belles rencontres et vous invite à déguster ce met sans modération.
Pour en savoir plus et pour vous inscrire, cliquez ici.
Dominique Weber, Déléguée régionale ANM
* La confiture d’officier est un grand classique qui se déguste traditionnellement aux alentours de Noël mais nécessite au moins 3 mois de préparation. Ce n'est pas une confiture mais plutôt une salade des plus beaux fruits de saison que l’on dispose dans un bocal au fur et à mesure de leur cueillette (avec du sucre) pour les faire macérer dans de l'eau de vie. A consommer avec modération !
Foire internationale de Lyon 2018
Stand de l’ANM en partenariat avec le Portail de la Médiation
La Délégation Régionale de l'ANM, en partenariat avec le Portail de la Médiation – qui regroupe six associations lyonnaises –, tient à remercier l’ensemble des participants pour leur précieuse contribution au stand pendant les 11 jours de la Foire de Lyon 2018. Ce sont plus de 21 personnes en majorité de l’ANM Rhône-Alpes, mais aussi plus d’une dizaine d’étudiants en Médiation de l’Université Lyon 2, ainsi que des associations partenaires telles que Médiation du Rhône, qui se sont relayés pour informer et renseigner et aussi intervenir en médiation sur la Foire.
Les médiateurs et les étudiants en médiation ont contribué à la promotion de la médiation, grâce à leur engagement, à leur disponibilité, à leurs connaissances, en assurant une présence constante sur la Place des Lumières, place centrale de la Foire.
Ils ont participé aux 148 accueils aux visiteurs, par des informations ou des orientations vers le Portail de la Médiation à Lyon.
Nous notons que grâce à ce travail, déjà dans sa quatrième édition, le public a évolué et les questions sont de plus en plus précises et pertinentes.
De la même façon, 65 exposants ont eu une information personnalisée sur le Portail de la Médiation à Lyon, grâce à la démarche commerciale des étudiants du Master 2 Médiation de Lyon 2.
Ils ont également participé aux 18 demandes de médiation qui ont été faites sur le stand.
Le processus se déroulait de cette façon : dans un premier temps, les personnes ont été écoutées. Puis envoyées sur le stand de l’exposant pour tenter de résoudre le conflit.
Pour 7 personnes, le conflit a pu être résolu directement avec l’exposant. Pour 5 personnes, le médiateur s’est déplacé vers l’exposant, et après lui avoir parlé, le conflit a été résolu.
4 médiations ont eu lieu et le résultat a été un accord entre les parties. Et 2 demandes de médiation ont été faites, mais n’ont pas abouti à cause du refus de l’une des personnes.
Un questionnaire est édité pour recueillir les observations lors du séjour sur le stand et nous permettre d'améliorer cet événement l'année prochaine : cliquez ici pour le consulter.

Manoella dos Santos Daher et Josselin Laroche, stagiaires ANM au stand des médiateurs
Dans une année marquée par l'organisation multiculturelle du stand, durant laquelle la déléguée régionale, Gaëlle Walker, a confié l'organisation et la coordination à une stagiaire brésilienne, la richesse et la diversité des médiateurs a amené aussi à vouloir découvrir l'autre, à mieux le connaître.
Promouvoir la médiation et intégrer les médiateurs sont toujours nos valeurs, et dans cet horizon, nous continuons notre cheminement. Être médiateur, c'est avant tout être généreux, et cela est l'essence du Portail de la Médiation.
Manoella dos Santos Daher, stagiaire ANM, étudiante en Master 2 Médiation à l'Université Lyon 2
Témoignage : souffrance au travail et médiation (1)
Dans le cadre des Petits Déjeuners de la Médiation qui se tiennent à Genève sous les auspices de la Chambre Suisse de Médiation Commerciale (CSMC), en partenariat avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de Genève (CCIG), j’ai présenté le 7 février 2018 le travail que je réalise à Paris dans la consultation spécialisée « médiation & souffrance au travail ».
A l’origine de la consultation, découverte de la médiation
A l'occasion de ma dernière année à l'Unesco, fin 1999, j'ai l'opportunité, lors d'un colloque sur les différentes approches favorisant la paix, de découvrir la médiation.
Je suis fascinée par les témoignages que j'entends et quelques mois plus tard, je me forme à la médiation pénale, humaniste. C'est donc, tout naturellement, lors d'une formation au Centre de Médiation & de Formation à la Médiation (CMFM) que je rencontre Jacqueline Morineau, créatrice de la médiation pénale en France, en 1983 et qui restera tout au long des années qui suivront, une véritable maître sur mon cheminement de médiatrice, par sa capacité à enseigner, tant l'humilité du médiateur que la prise en compte du "soin de l'Etre" par l'écoute empathique. Pour acquérir cette posture indispensable de la neutralité et de l'impartialité, je ferai ainsi de 2000 à 2006 une médiation pénale par semaine.
Consultante, en 2000, je travaille pour la DIRECCTE (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). Je suis missionnée pour accompagner des chômeurs de longue durée. Quelle ne fut pas ma surprise de constater, grâce à la formation à la médiation, toute nouvelle pour moi, que l'écoute empathique avec des publics aussi blessés, fragilisés par leur parcours, était d'une grande efficacité. Rapidement, les diverses promotions que je suivais ont donné des résultats intéressants et un pourcentage très important de personnes retournant en emploi.
Le 14 novembre 2015, suite aux attentats à la "Belle Equipe", à mon initiative, la MSF (Maison de Santé Faidherbe), où je consulte depuis 2014, a ouvert une Permanence d'Ecoute d'Urgence.
Naissance d'une consultation "médiation & souffrance au travail"
Participant à un colloque-évaluation de trois années d'expérimentation d'une consultation pluridisciplinaire "souffrance au travail", dans un Centre de Santé de la banlieue parisienne, je mesure la difficulté que cela représente. Cette consultation expérimentale, financée par un groupe de mutuelles, était constituée de trois spécialistes : une psychologue clinicienne, une kinésithérapeute-philosophe et un rhumatologue spécialisé en TMS (troubles musculo-squelettiques fréquents dans les tâches répétitives et lourdes). Les patient.e.s avaient droit à quatre séances gratuites puis l'accompagnement se terminait.
Je reste sur une véritable interrogation et suis très intriguée car mon âme de médiatrice perçoit que ce doit être compliqué pour les patient.e.s, après quatre séances seulement, de retourner travailler et surtout de retourner dans la même entreprise, lieu du conflit et source de la souffrance.
Le médecin-directeur du Centre de Santé m'accorde un rendez-vous au cours duquel je lui soumets le projet de prolonger l'expérimentation de cette consultation en l'enrichissant d'une permanence de médiation.
En mai 2005 j'ouvre la consultation "médiation & souffrance au travail".
Je constate rapidement ce que j'avais pressenti quelques mois plus tôt lors du colloque ! Je reçois des personnes dans une très grande souffrance, dans une telle perte de tous repères, perte de confiance en soi, voire perte de compétences à des tâches ou activités pratiquées parfois depuis plus de vingt ans. Habitées par la peur, la terreur, elles sont dans un tel état d'effondrement intérieur et de décompensation que je ne peux décemment pas organiser une médiation avec leurs entreprises au risque de créer une injustice supplémentaire mais tout aussi impossible tant du point de vue de l'éthique que de la déontologie.
Les patient.e.s en souffrance au travail jouent leur vie car l'emploi est un enjeu majeur dans leur existence, alors que pour l'entreprise l'enjeu et les moyens ne sont pas les mêmes et ce déséquilibre crée un rapport de force difficile à supporter pour les patient.e.s qui se demandent en permanence pourquoi et comment ils en sont arrivé.e.s à ne plus pouvoir aller travailler.
Après deux semaines d'entretiens individuels et quelques nuits d'insomnies, j'ai presque trop avancé pour reculer. Il me faut poursuivre.
Poursuivre pour ne pas les laisser tomber car je comprends progressivement qu'il faut une écoute particulière, empathique, de médiation, justement, pour aider les personnes, les soutenir pour qu'elles soient en mesure de panser leurs blessures et surtout d'oser parler; ainsi envisager de pouvoir, un jour, retourner travailler.
Poursuivre pour être utile au monde, pour reprendre l'expression de Marie Pezé (in "Je suis debout bien que blessée").
Poursuivre car je n'avais pas le choix; laisser tomber me paraissait inconcevable.
De médiation il n'est donc pas question. Sans abandonner, ni pour autant procéder à un changement de cap, je ressens qu'il me faut concevoir une nouvelle étape précédant la médiation dans l'entreprise.
Je dois faire appel à mes capacités et ressources personnelles. Je mets à profit mon expérience de médiation pénale et l'écoute empathique. Je fais aussi appel à une expérience plus lointaine mais très constructive et profonde : la psychothérapie, en groupe, de la dynamique émotionnelle que j'avais eu la chance de faire avec le Dr Jalenques. Il me revient à l'esprit qu'il ne cessait tout au long des séances de nous répéter « qu'est-ce que tu ressens ? ».
Construction des outils d'accompagnement
Ainsi l’association de ces deux expériences et approches de vie m'a permis de construire des outils d'accompagnement, de façon empirique.
Je commence par l'anamnèse, puis la chronologie des événements que j'associe en tissant cette dernière avec un travail sur les émotions et les ressentis; puis je trouve le test sur le harcèlement moral, réalisé par Marie Pezé, psychanalyste, docteur en psychologie et expert judiciaire et le Dr Soula, de l'hôpital de Garches.
J'organise le dossier médico-social des patient.e.s, leur demande de rencontrer l'inspecteur du travail, le médecin du travail si cela n'a pas déjà été fait, une éventuelle orientation vers un spécialiste : psychiatre, rhumatologue, médecin traitant. Puis, le travail sur le test et l'historicité de la dégradation des conditions de travail permet une mise en perspective de ce qui a été vécu, la compréhension que c'est le dysfonctionnement du service, le management pathogène qui a mené à cette difficulté professionnelle quand bien même elle pourrait être en apparence relationnelle. Ce ne sont pas eux/elles qui en sont responsables mais le système. Et c'est ce système qu'il faut petit à petit déconstruire pour le comprendre et retrouver un sens à la vie.
Ce cheminement donna rapidement des résultats qui intriguèrent le médecin-directeur du centre de santé car il me demanda comment je faisais pour que ses patient.e.s soient redynamisées aussi vite. Je n'avais pu que lui répondre "de l'écoute, rien que de l'écoute" telle que me l'a enseignée Jacqueline Morineau.
Ainsi le premier levier pour résorber les traumatismes se jouait dans l'entretien en face à face puis la confiance étant établie, je proposais aux patient.e.s de se joindre à une journée de formation-action
Formation à la médiation & à la résolution des conflits
En 2006, j'initie des formations à la médiation & à la résolution/dissolution des conflits. Formation mixte en invitant les personnes qui souhaitent se former à la médiation et, d'autre part, en proposant aux patient.e.s de se joindre à ce travail de groupe.
Grâce au regard des autres et aux "miroirs" exprimés dans la bienveillance, le non-jugement et le respect, la honte et la culpabilité d'avoir accepté, sans toutefois y adhérer, de vivre des situations aussi dégradantes et humiliantes, permettent de s'en libérer. De plus, cette journée de formation leur a permis de sortir de la solitude et de savoir qu'ils/elles n'étaient pas seul.e.s à vivre ce que l'on pourrait appeler un drame.
L'organisation du contenu pédagogique de la formation-action et son déroulement s'articulent ainsi, en deux parties : la première phase sur les émotions, les sentiments et les ressentis et en deuxième phase avec une mise en situation d'un conflit réel apporté par un.e des patient.e.
La mise en situation se déroule comme une véritable médiation et permet aux stagiaires/patient.e.s s'apprêtant à faire une médiation avec leur entreprise, de se préparer émotionnellement à cette rencontre.
Les bénéfices pour les patient.e.s sont entre autres : la sortie de la solitude, se débarrasser de la honte et comprendre la nécessité d'élaborer une stratégie.
Quant aux bénéfices que les stagiaires peuvent en retirer : le contenu pédagogique et la mise en situation d'un conflit leur permet de pratiquer sur un conflit réel tout en intégrant l'enseignement de la pratique de l'écoute empathique.
En janvier 2010, j'organise une table ronde sur le thème "médiation & souffrance au travail" et j'ai la chance de rencontrer Marie Pezé, psychanalyste, docteur en psychologie, expert judiciaire et fondatrice des premières consultations spécialisées -souffrance & travail- en 1996.
Cette rencontre a attiré beaucoup de médiateurs d'autant que le domaine de la souffrance au travail était encore très peu connu.
En octobre 2010, j'assiste en auditeur libre au CES 30 du CNAM, dont le Prof. Christophe Dejours et Marie Pezé sont les responsables pédagogiques.
Ce fut une année incroyablement riche en découverte, en nouvelles acquisitions et connaissances tant sur le plan de la psychopathologie du travail avec Marie Pezé et le Prof. Christophe Dejours, que sur le droit du travail et les nouvelles jurisprudences avec Me Rachel Saada et Me Benoît Arvis, et l'extraordinaire découverte des cours du philosophe Eric Hamraoui.
Toutes ces nouvelles connaissances me permettent d''affiner ma clinique de l'activité et l'accompagnement de mes patient.e.s.
Cependant, je reste attachée à ma pratique de la médiation humaniste, à l'écoute empathique, à la bienveillance et au non-jugement. Il me semble que l'essentiel de la cure est le cocon réparateur, grâce auquel, dès la première séance, les patient.e.s me disent, "je me suis enfin senti.e entendu.e, reconnu.e et écouté.e sans me sentir jugé.e".
C'était comme si, intuitivement, je savais que mon histoire personnelle – frappée par quelques traumatismes – alliée à ma pratique, m'indiquait la posture juste, sans être dupe, en constatant des résultats indéniablement positifs.
Lors du prochain numéro, je vous propose de découvrir l'expérience de trois médiations : une médiation intra-entreprise, deux médiations inter-entreprise dont l'une appelée – médiation marathon – qui a duré 14h45...
Daniela Schwendener, Adhérente ANM, Fondatrice de DS Formation/Conseil/Médiation
L’ASM, Alsace Médiation – Centre rhénan de médiation
Voilà 9 ans qu’Alsace Médiation œuvre pour implanter les vertus de la médiation dans la réalité des conflits qui lui sont confiés. C’est en juin 2008 qu’avait été fait au TGI de Strasbourg le constat d’une carence de médiateurs généralistes formés. Une magistrate à la retraite et une avocate au barreau de Strasbourg, toutes deux formées à la médiation à l’IFOMENE vont, en quelques mois, transformer ce besoin en une association, l’ASM, l'Association Strasbourg Médiations.
Hélène Abelson Gebhardt et Hélène Philippidès porteront l’ASM sur les fonts baptismaux en février 2009. La première en est alors la présidente, la seconde la trésorière. Les parrains sont prestigieux : le président du TGI de Strasbourg, le président du TA, le bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau strasbourgeois, le président et la directrice de l’École Régionale des avocats du Grand Est...
Aussitôt l’Association Strasbourg Médiations organise une formation initiale qui s’adressera en 2009 et 2010 aux personnes intéressées, des avocats essentiellement mais aussi une juriste, une architecte, une psychologue et une journaliste. De quoi entrouvrir les portes vers le monde non judiciaire ! Parallèlement s’organisent des séances d’entraînement à la médiation auxquelles ajoutent aujourd’hui des séances d'analyse de pratique pour satisfaire ainsi aux conditions exigées par le code de déontologie des médiateurs de 2009.
Dès ses débuts, l’ASM instaure la pratique de la comédiation.
De Strasbourg Médiations à Alsace Médiation
En 2011, Strasbourg Médiations, tout en gardant le même acronyme, devient Alsace Médiation, tant il est apparu que la vocation de l’association est de rayonner dans toute la région.
L’ASM s’est rapidement dotée d’un centre de médiation composé de médiateurs formés et astreints à une formation continue annuelle de 20 heures, complétée par la présence obligatoire aux séances de training et d’analyse de pratique. Ce Centre rhénan de médiation compte aujourd’hui une vingtaine de médiateurs répondant aux critères d’Alsace Médiation en termes de formation continue, d'analyse de pratique et d’assurance pour l’exercice de la médiation. De ce fait, il échoit à l’ASM de proposer chaque année les formations nécessaires au maintien de leurs compétences et à leur inscription sur les listes des juridictions.
L’ASM en tant qu’association compte actuellement outre les médiateurs, une trentaine de membres, inscrits à différents titres, professionnel ou privé : avocats, magistrats, ordre des notaires, des experts comptables, sympathisants, associations...
L’autre but de l’ASM est de veiller à faire souffler et promouvoir un esprit de médiation, à travers différentes actions :
- approcher le grand public par des articles de presse et un site mis à jour régulièrement : informer utilement sur un terme largement galvaudé (http://alsace-mediation.fr),
- présentation de la médiation dans les réseaux d’influence, clubs services, institutions, entreprises,
- animer des « cafés médiation » organisés tous les deux mois, chaque fois avec un intervenant différent, à 8h30, dans un café de la ville, permettant des échanges fructueux,
- interventions à l’École d’avocats, à l’université, dans les écoles, visant à sensibiliser les élèves-avocats et autres futurs professionnels au processus de la médiation,
- collaboration active à la formation des avocats alsaciens en tant qu'accompagnateurs en médiation de manière à instaurer un travail harmonieux et efficace avec les parties,
- partenariats mis en place avec des structures locales ou régionales comme l’association SOS Aide aux habitants à Strasbourg Neuhof ou l'association Emmaüs en Alsace avec la participation active de médiateurs du Centre rhénan de médiation,
- partenariat mis en place avec le tribunal administratif de Strasbourg qui désigne des médiateurs de l’ASM,
- partenariat avec la CCI Alsace Eurométropole dans le cadre d’une plateforme de médiation et d’arbitrage d’Alsace pour le monde de l'entreprise.
- édition d’une Newsletter à large diffusion en mars et en novembre.
L’ASM et son Centre rhénan de médiation sont pilotés par un comité directeur de huit personnes. Pour les aider, trois commissions gèrent la formation, la communication et la désignation des médiateurs dès qu’est réceptionnée une demande de médiation. Un week end de cohésion, délocalisé, est organisé chaque année pour rebooster les énergies ! Deux jours de formation ... agrémentés de déjeuners, dîners et balades tous ensemble.
Des réunions conviviales réunissent encore régulièrement les membres du CRM pour faire le tour des préoccupations et enrichir les relations personnelles. Des actions s’adressent aussi aux membres non médiateurs de l’ASM : par exemple, une intervention est proposée après chaque assemblée générale sur un thème particulier proche de l’esprit de médiation (philosophie de la médiation, endettement, conflits au travail, entre entreprises...)
L'ASM est destinataire de demandes de médiations, à la fois conventionnelles et judiciaires dans une proportion égale. Les domaines sont variés: conflits de voisinage, de couple, de tutelle, en intra-entreprise, en matière de copropriété, entre professionnels...
En conclusion, pour les médiateurs de l'ASM comme pour tout médiateur, un conflit porte souvent en lui l'espoir d'une solution rapide et élaborée "sur mesure" grâce à l'écoute attentive et bienveillante des besoins et intérêts de chacun. Les ennemis d'hier peuvent retrouver une communication apaisée et parfois renouer des liens distendus car la médiation aura aidé à se dessiner un avenir plus serein.
Marie-Josée Marco-Rigaud, Commission Communication d’Alsace Médiation
Inter&imédiés, revue de la médiation et des modes alternatifs
Racontée par deux de ses fondatrices : Joëlle Dunoyer, sociologue et médiatrice, et Marion Delisse, journaliste et médiatrice.
« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », disait Paul Eluard. Aujourd’hui cette citation prend tout son sens pour nous.
L’histoire d’Inter∞médiés commence sur les bancs de l’Ifomene (Institut de formation à la médiation et à la négociation) où nous nous sommes rencontrées au gré des modules et des ateliers de pratique. Quand il a été question de préparer un mémoire pour notre diplôme de fin d’études, nous n'avons pas hésité une seconde. L’envie d'un travail en commun nous animait. Restait à trouver sous quelle forme et sur quel thème.

L’idée d'élaborer notre projet sous forme d'un magazine a émergé un jour, constatant qu’un support papier faisait défaut dans le paysage de la médiation où les blogs et les newsletters sont eux assez fréquents.
Le temps était compté, mais, portées par une énergie et une synergie extraordinaires, nous avons combiné nos compétences respectives en créant un dossier spécial de 30 pages sur un sujet qui nous tenait à cœur : la médiation scolaire. Ce thème nous semblait primordial car il touchait à l’éducation. Traiter de l'acquisition des outils psycho-sociaux dès le plus jeune âge et des enjeux sociologiques et éducatifs de la mise en place d’un dispositif de médiation dans les écoles nous paraissait intéressant, ainsi que de la pertinence de la médiation par les pairs comme moyen pour endiguer la violence.
Notre rêve était de réaliser un magazine dans les règles de l’art. Sur papier glacé, en couleurs et avec de nombreuses illustrations, rien que ça ! Avec l’idée initiale de combiner d’un côté une revue avec un thème approfondi autour de la résolution des conflits dans divers domaines, traitée dans un large dossier spécial thématique (école, entreprise, justice, famille, société...) ; et de l’autre un magazine donnant à découvrir d’autres disciplines, avec des pages dédiées à la psychologie (maïeusthésie, hypnose, art thérapie...) mais aussi au bien-être (soins énergétiques, Garuda, Ki aïkido...) tout en complétant ce tour d'horizon par des rencontres et des témoignages (entretiens exclusifs, reportages...) dans le monde entier afin de connaître tous les champs de la médiation. Sans oublier la culture avec les rubriques sorties et les livres.
L’objectif de départ était de fournir aux acteurs de la médiation, et, plus généralement, à tous ceux qui s’intéressent aux modes alternatifs, un magazine 100% professionnel, traitant chaque thème avec rigueur, mais non sans une pointe d'humour à travers les dessins et propos.
Aujourd'hui, nous souhaitons également offrir de nouvelles perspectives, en proposant un aperçu de l’actualité de la médiation et en donnant la parole à ceux qui la font vivre.
La revue est publiée deux fois par an. À chaque automne et à chaque printemps, nous vous proposons désormais un voyage thématique avec une série de sujets variés dans tous les domaines et lieux où la médiation se pratique.
Le rêve est devenu réalité, notre désir de faire connaître la médiation et de diffuser ses idées à travers un support ludique s’est concrétisé. Nous avons l’ambition d’aller avec vous bien au-delà pour continuer à démocratiser la médiation et à la rendre populaire car elle nous semble plus que jamais porteuse des valeurs humaines et humanistes de respect, de tolérance et de paix dont notre monde a urgemment besoin.
Si vous êtes intéressé.e, nous vous invitons à souscrire à un abonnement pour soutenir le magazine sur le lien suivant www.intermedies-mediation.com.
Vous pouvez également nous contacter à cette adresse
Les directrices de la rédaction, Joëlle Dunoyer et Marion Delisse, adhérente ANM
À travers l’Amérique du Nord et l’Europe…
Michel Petitjean évoque la diversité de la médiation
Un bref retour sur mon expérience
Ingénieur de formation, j’ai très vite accédé à des responsabilités d’entreprise (c’était l’époque des Trente Glorieuses) qui m’ont conduit dans divers pays, d’abord en Europe puis en Amérique du Nord. Il a fallu apprendre la langue, puis la culture, puis le business.
Drôle à dire, ou plutôt à écrire, l’expatriation la plus dure a été le retour en France. Cela peut paraître provocateur mais cela a été vrai pour moi, ainsi que pour d’autres que j’ai rencontrés par la suite. Je rapporte ce trait de mon expérience car il me paraît crucial pour la suite de mon exposé.
Encore aujourd’hui, alors que je dirige une organisation professionnelle européenne depuis Bruxelles, les deux pays parmi les grands pays européens qui posent le plus de défi en termes d’ouverture et de partage d’expérience sont l’Allemagne et la France.
Pourquoi le choix de ce sujet ?
Dans le cadre du DU2 en médiation de l’IFOMENE, j’ai hésité quelque temps entre deux sujets de mémoire, celui ci-dessus et un autre qui aurait pu s’intituler : La problématique et les clés pour l’introduction et le développement de la médiation aux prud’hommes. Etant également conseiller prud’hommal depuis une dizaine d’années et ayant été amené à la médiation par une expérience fructueuse de la conciliation, j’avais une tendance naturelle à vouloir poursuivre dans cette voie.
Mais lorsque j’ai rejoint en avril 2017 la Chambre nationale des praticiens de la médiation (CNPM) et que j’ai participé aux réunions et intégré les groupes de travail, je me suis très vite rendu compte de l’éparpillement de la médiation française en une multitude d’organisations aussi diverses et riches de culture, de personnalités et de connaissances.
C’est alors que mon expérience inter culturelle de plus de trente années a été la plus forte et m’a conduit à envisager une recherche et une analyse de la médiation dans les autres pays afin de mieux comprendre l’état de la pratique de la médiation en France et, in fine, mieux appréhender les problématiques de son développement.
Points essentiels à comprendre et à retenir
Si je devais résumer en quelques phrases clés, les points essentiels que j’ai relevés dans chaque pays, je distinguerais entre :
→ Les divers modèles de médiation aux Etats-Unis et au Canada
Aux États-Unis, où l’on parle d’ADR (Alternative Dispute Resolution), il existe principalement trois modèles de médiation :
- Évaluative : Le Médiateur est supposé posséder l’expertise et la capacité de proposer et d’influencer la décision des parties.
- Facilitative : Appelé aussi le « Harvard Model » Il s’inspire de la théorie de la négociation raisonnée ou ″Principled Negotiation″ développée par Roger Fisher et William Ury dans leur ouvrage intitulé ″Getting to Yes″
Le principe de base repose sur la séparation des Positions et des Intérêts - Transformative : Le Médiateur s’attache à rester neutre et impartial. C’est la méthode privilégiée dans les situations de conflit où l’enjeu se situe au niveau de la communication. Ce modèle vise à restaurer la relation.
Au Canada, et en particulier au Québec, où l’on parle de PRD (Prévention et Règlement des Disputes), il existe aussi trois modèles principaux de médiation :
- Evaluative : Le principe est, pour chaque partie, de convaincre en faisant valoir sa position. Ce modèle, courant au Canada (et aux USA), est favorable à la partie la plus forte. C’est un modèle ″marché″ qui tourne autour de l’argent avant tout. Le processus est essentiellement en entretiens séparés (type navette)
- Intégrative : C’est le modèle officiel, enseigné au Québec et au Canada et le plus répandu dans le monde occidental. Le processus est considéré comme la « roue de Fiutak » canadienne.
Dans le Canada anglo-saxon, il existe une mixité entre ce modèle et le modèle évaluatif à cause de l’influence des USA. - Transformative : Présent aux USA, ce modèle tend à se développer au Canada. Pas besoin de solution en fin de processus, pourvu que la relation soit rétablie.
→ Les diverses organisations et règlementations en Europe
Au Royaume Uni, il existe une forte incitation du système judiciaire : la présentation d’une affaire devant un tribunal ne doit intervenir qu’en dernier ressort. Il existe deux organisations structurées :
- En matière civile : CMC (Conseil de la médiation civile) Le modèle s’apparente de très près au modèle « Facilitative » des US encore appelé « Harvard Model ».
- En matière sociale : ACAS (Advisory, Conciliation and Arbitration Service)
Organisme indépendant de formation, prévention et règlement des conflits, composé essentiellement de professionnels du droit, juges et avocats, plus familiers cependant du processus de conciliation.
En Allemagne, on note :
- Une intervention récente et décisive du législateur :
2012 : Clarification de la médiation malgré les réticences du comité de conciliation
2016 : Loi sur la médiation pour son développement et sur la situation de l’éducation et de la formation des médiateurs. - Un développement favorisé par de puissantes associations :
BM (Bundesverband Mediation) 2500 membres, médiateurs, associations et tiers.
BAFM association de médiation familiale, 800 membres
BMWA pour la médiation dans les affaires et le monde du travail, 350 membres - Les associations sont très impliquées dans la formation des médiateurs (120 heures formation générale plus 80 à 120 heures de formation interdisciplinaire), la certification des médiateurs ainsi que l’assurance qualité par la formation continue
- Curieusement, BAFM adopte le Modèle de Harvard, considérant qu’il s’applique à la médiation familiale aussi bien qu’aux autres domaines de la médiation.
En Italie,
- La règlementation a connu de nombreuses réformes judiciaires entre 2008 et 2013
2010 : La médiation devient obligatoire
2012 : En épilogue d’une résistance farouche des avocats, un décret constitutionnel annule le décret de 2010.
2013 : Nouvelle loi réintroduisant la « médiation obligatoire » en matière civile et commerciale seulement, pour certaines affaires seulement, et pour une durée probatoire de 4 ans. - En pratique, le concept de « médiation obligatoire » se réduit à une tentative préliminaire et obligatoire de la médiation imposée par la loi. C’est la condition préalable au dépôt d’une action devant les tribunaux. La seule véritable obligation reste pour l’une des parties de déposer une demande de médiation et pour l’autre partie de la refuser. Cependant, cette loi est considérée comme un bon compromis entre obligation totale (trop d’opposition) et volontariat (trop de freins et intérêts contraires)
En Belgique :
- La loi de 2005 institue la commission fédérale de médiation.
- Il existe une commission générale avec pouvoir de décision ainsi que trois commissions spéciales qui rendent des avis en matière familiale, civile, commerciale et sociale.
La principale fonction de la commission générale est l’agrément des médiateurs et le suivi de la formation initiale et de la formation permanente
En Suisse :
- La législation : Là où l’autonomie normative cantonale imposait 26 codes cantonaux, depuis 2011, il y a unification du Code de procédure civile (CPC), ainsi que du Code de procédure pénale (CPP).
Si la médiation existe en matière civile, en revanche, pour des raisons historiques, elle n’a pas été introduite au pénal pour les adultes.
Les lois d’organisation judiciaires restent cependant cantonales, de sorte que la médiation pénale existe dans certains cantons, en particulier de Suisse romande, comme Genève.
La Procédure pénale applicable aux mineurs est unifiée depuis 2007. Elle prévoit la médiation avec les mineurs, qui est pratiquée dans les cantons suisses romands et dans certains cantons de Suisse alémanique. - A noter un exemple réussi de fédération :
La SDM-FSM, Fédération Suisse des Associations de Médiation, regroupe 18 associations réunissant plus de 1300 médiateurs ainsi que 16 instituts de formation.
Il existe une seule ombre au tableau mais de taille : La fédération suisse des avocats (FSA), qui regroupe les médiateurs FSA, n’en fait pas partie. La formation initiale et la formation continue sont assurées par la FSA et destinées spécifiquement aux avocats. Les exigences, notamment en nombre d’heures, ne sont pas équivalentes à celles de la FSM.
Message qui ressort de ce travail de recherche
La situation actuelle de la médiation en Europe est paradoxale car, d’un côté, on sent une effervescence enthousiaste et un bouillonnement d’idées et d’initiatives, et d’un autre côté, la règlementation tarde à se concrétiser qui seule permettrait une certaine harmonisation non pas tant au niveau des modèles de médiation et des processus qui doivent conserver leur souplesse et leur liberté, mais plutôt du côté des médiateurs au niveau de leur formation et leur certification et particulièrement de leurs organisations professionnelles.
Conclusion
Il semble important et urgent que les médiateurs français et européens s’organisent pour accompagner le législateur et l’institution judiciaire pour une règlementation et un encadrement qui soient conformes aux principes déontologiques et à l’esprit de la médiation afin que soit reconnue cette spécificité unique dans le paysage des modes amiables de règlement des différends.
Michel Petitjean
Gary Friedman, « En soi, vers l’autre »
Préface d'Alain Roy
Je suis très heureux d’avoir écrit la préface du livre de Gary Friedman : « En soi, vers l’autre », traduction française de « Inside out ». Ce titre était difficile à traduire pour exprimer en quoi ce livre est important pour les médiateurs, et je suis aussi très heureux d’avoir trouvé cette traduction du titre : Gary me dit d’ailleurs en plaisantant qu’il préfère le titre français au sien !
Une découverte à faire
Pour les médiateurs français, découvrir l’œuvre de Gary Friedman est, à mon avis, une étape indispensable pour progresser. Car c’est une véritable œuvre qu’il a créée en développant une approche originale de la médiation par la compréhension. Ses livres nous restituent cette approche et la rendent très vivante : Gary Friedman nous raconte toujours des cas concrets de médiations qu’il a réalisées, avant d’en tirer des conclusions d’intérêt général pour formaliser le processus.
Son premier livre « Défier le conflit – La médiation par la compréhension » nous avait présenté sa méthode de médiation : elle est basée sur la compréhension par les parties de leur conflit et de l’histoire de ce conflit, mais aussi de l’autre, de leurs propres intérêts et besoins, jusqu’à leurs valeurs fondamentales, en commençant par la compréhension de leur raison d’être en médiation et du processus de médiation.
J’en ai tiré plusieurs concepts que j’ai repris dans mes formations, en particulier celui du « piège du conflit » qui fait que les parties en sont prisonnières. Elles sont en quelque sorte « agies » par le conflit et ne peuvent plus s’en libérer sans l’intervention d’un tiers, que ce soit un juge pour trancher leurs positions, ou un médiateur pour les aider à résoudre leur conflit en profondeur. Un autre concept important est l’accueil du conflit par le médiateur, ou plutôt l’accueil de sa tension pour mieux le travailler.
Aller en soi, c’est aller plus loin
Dans ce nouveau livre, « En soi, vers l’autre », Gary Friedman nous emmène beaucoup plus loin. Il ne s’agit plus de travailler sur le processus de médiation. Il s’agit de travailler sur le médiateur lui-même.
On dit toujours que le médiateur doit conserver sa neutralité, sans quoi il ne sera plus impartial et la médiation échouera.
Cette neutralité est souvent exprimée comme la capacité à ne pas être affecté par ce qui se passe au cours de la médiation. S’il ressent une émotion, en particulier négative, le médiateur s’efforce de s’en libérer en la mettant de côté, et en s’accrochant à sa neutralité. Si le médiateur est déstabilisé parce que la médiation réactive en lui une souffrance liée à son histoire personnelle, il fait une pause, ou passe la main à son co-médiateur, et l’on dit que c’est un grand avantage de la co-médiation. On dit aussi qu’on ne peut pas être médiateur trop jeune car, n’ayant pas encore travaillé suffisamment ses conflits personnels, on est encore trop vulnérable aux émotions fortes.
Mais, nous dit Gary Friedman, tout ceci est une illusion. Cette neutralité-là est impossible. Nous voulons traiter les parties comme des êtres humains, mais nous oublions que, tout professionnels que nous sommes, nous aussi, nous sommes des êtres humains. On ne peut pas ne pas être affecté par les personnes que nous rencontrons en médiation. Et comme nous sommes affectés malgré tous nos efforts de neutralité, à notre insu et quoi que nous en pensions, les personnes le sentent et cela modifie notre relation à eux. Nous devenons alors partie du problème.
Comment faire
« En soi, vers l’autre » nous apprend à accepter cette réalité et à la prendre en compte pour l’intégrer dans le processus de médiation. C’est difficile et cela demande beaucoup de travail, mais c’est possible : le livre décrit en détail le programme qui a permis d’expérimenter et de modéliser ce travail, à la plus grande satisfaction des participants au programme.
Ressentant une émotion forte, en particulier négative, en présence d’une partie, ou notant qu’il est en train de juger la personne, le médiateur en prend conscience. Plutôt que de chercher à l’évacuer, il s’y intéresse et se livre à un travail d’introspection pour découvrir ce qui résonne en lui. Car ce n’est pas l’autre qui provoque la réaction en nous : c’est ce qui est en nous qui résonne à la présence de l’autre. Et l’autre le sent bien, et s’il nous trouve partial, et soudain distant et déconnecté, il a bien raison..., et c’est le processus de médiation qui en pâtit.
Pour modéliser le travail d’introspection que doit faire le médiateur, Gary Friedman a créé le « V interne », sur le modèle du V externe utilisé pour le processus de médiation.
En étant capable de se livrer à ce travail d’introspection quand une partie provoque en lui une réaction qui perturbe la médiation, le médiateur peut garder une communication efficace avec les deux parties tout au long du processus, et ainsi les aider à parvenir à la solution qui leur convient vraiment. Ceci permet à Gary Friedman de donner une nouvelle définition de la neutralité du médiateur : ce n’est plus être capable de se tenir à distance des émotions créées par la rencontre avec l’une des parties ; c’est être capable de rester connecté en permanence aux deux parties, à travers les émotions qu’elles peuvent susciter en nous.
Alain Roy, Délégué régional ANM
L’ouvrage En soi, vers l’autre est paru en 2017 chez Médias & Médiations.
Groupe de réflexion éthique des médiateurs
Le Groupe de réflexion éthique des médiateurs (GREM) est une création collective qui fait suite à différentes analyses, ou réflexions, entendues et partagées au cours des séances d’analyse des pratiques Professionnelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
En effet, une certaine idée de la normalité s’est déployée concernant le concept de médiation, de même que l’impérieuse nécessité de préciser ce qu’on entend par là. En témoigne le colloque universitaire qui s’est tenu les 1er-2 mars 2018 en Italie, à Padoue, sur le thème L’essentiel de la médiation : vers un consensus sur le concept dans les sciences humaines et sociales.
La beauté conceptuelle s’estompe progressivement. Le développement de la médiation dans les divers horizons de la vie quotidienne banalise une pratique qui est assez plurielle pour ne pas dire confuse, car amalgamée à d’autres modes d’accompagnement des différends. La machine s’emballe et ne semble produire de valeur que celle propre à satisfaire un productivisme d’appareil qui fragilise l’acte singulier de penser. L’emballement médiatique essore la beauté du concept dans une économie pratique avec une disparition de sens. L’éthique ne fait plus le poids face à la puissance de cet emballement et ajoute de la confusion. Cette normalité, pensée molle, risque de côtoyer la médiocrité, et de la hisser au rang d’autorité.
Le GREM ne se propose pas de rassembler des «ermites de la masse silencieuse», ni de réunir le cercle des médiateurs disparus, mais bien d’essayer de réhabiliter le savoir en gai savoir.
L’éthique est une visée, d’après LEVINAS. Elle nous met en perspective les uns par rapport aux autres. La médiation est avant tout une rencontre, une situation idéale de parole pour parler vrai. Être dans une proximité d’humanité, c’est-à-dire faire advenir l’être entre les personnes. Le GREM se donne pour mandat de porter une réflexion rationnelle. Ce n’est pas ce que je fais qui est important, mais bien, comment je le fais, qui ouvre à la dimension éthique. Les principes déontologiques ne seraient pas seulement la boîte à outils de la recommandation éthique, mais l’art de vivre d’une pratique. Je ne défends pas les principes déontologiques, ce sont eux qui m’ancrent, m’assurent dans ma pratique.
La prochaine rencontre du GREM sera centrée autour du concept en prenant appui sur les définitions multiples de la médiation .Du concept aux principes et aux recommandations, la feuille de route est orientée vers, non pas un concept-slogan, mais vise à promouvoir une argumentation réelle dans une discussion juste. Autre sujet, par exemple, le serment dont on parle abondamment pour figurer sur une liste de Médiateurs auprès des Cours d’Appel.
C’est un pari ! Les bonnes intentions sont là, l’envie est là, des personnes ont décidé d’offrir de leur temps pour réfléchir et… écrire.
Peut-on argumenter sans se mettre en danger ? Oser argumenter, c’est d’une certaine manière, s’exposer et s’exposer deviendrait un risque ! C’est l’autre pari… d’additionner nos sagesses.
Pierre Grand, Associé d’Amorife International, association adhérente de l’ANM
Définir notre identité professionnelle de médiateurs
La médiation et les médiateurs apparaissent désormais dans de nombreux sujets d’actualité, que ce soit à propos de la vie des entreprises ou de celle de la famille, mais aussi dans les relations internationales, dans les banques et le crédit, l'information et les communications, les collectivités locales, les universités, les transports, les prestations sociales, même dans le domaine culturel... Les médiateurs peuvent se réjouir de l’éclairage porté sur leurs activités, même s’ils redoutent que la polysémie du mot de médiation ne soit une source de malentendus.
Le point de vue des usagers
Complémentairement, il semble à présent nécessaire de réfléchir aussi à la confiance des usagers ou des prescripteurs vis-à-vis des médiateurs. Incontestablement, le domaine familial bénéficie d’un niveau de confiance satisfaisant, lié à l'existence d'un diplôme d'état et à une certaine institutionnalisation. Dans tous les autres domaines, en revanche, de l'inquiétude se manifeste. J.B. Jacquin estimait dans Le Monde (17/10/2017) que « tout le monde peut se déclarer médiateur », puis plus récemment (06/03/2018) – à propos des listes de médiateurs dans les cours d’appel – que « la loi ne définit ni ce qu’est un médiateur ni les conditions pour figurer sur ces listes... ». Sur le site de Radio-France, à propos de sa nomination comme médiateur en 2015, Dominique-Jean Chertier soulignait « L’intervention d'un médiateur est prévue dans le Code du travail pour tous les conflits collectifs. Mais en dehors de ce cadre très large prévu par la loi, il n'y pas d'autres règles précises qui délimitent l'intervention d'un médiateur... »
Susciter la confiance
Alors, comment nos usagers peuvent-ils opter pour la médiation, s'ils n'accordent pas une confiance suffisante à des professionnels pour offrir un service de qualité à un prix abordable ? De même, comment imaginer que les pouvoirs publics puissent mettre en place des politiques favorables à la médiation, s’ils ne peuvent préciser qui sont les professionnels dont ils favorisent les actions, et ce que ces professionnels ont à offrir. Pour que la médiation devienne une activité régulière et décemment rémunérée, tant la confiance des usagers que des politiques favorables sont indispensables. Il faut donc faire l’effort de définir l’identité professionnelle du médiateur, préciser son cadre d'engagement, ses obligations et les garanties qu’il fournit.
Qui définit l’identité des médiateurs ?
Faute de disposer d’une identité validée par les médiateurs eux-mêmes, les pouvoirs publics ont pu être amenés à proposer les définitions qui leur semblaient appropriées. C’est encore le cas actuellement avec l’établissement des listes de médiateurs dans les Cours d’Appel. Pour désigner les médiateurs sur ses listes, la Justice établit des questionnaires à destination des médiateurs. Le traitement de ces questionnaires sera suivi par un magistrat dans chaque cour d’appel. La bonne volonté de ces magistrats ne fait aucun doute, mais leurs critères sont-ils homogènes ? En tous cas, leur travail serait bien allégé si une organisation des médiateurs pouvait fournir en toute transparence des listes conformes à leurs attentes.
La constitution de ces listes révèle une autre singularité : pour les médiateurs qui appartiennent aux professions réglementées (avocats, notaires et huissiers), ce sont ces professions qui sont chargées de définir elles-mêmes ce qu’elles entendent par médiateur. Et chacune de proposer sa propre définition, logiquement selon sa propre sensibilité...
Un travail de longue haleine
Au Syndicat professionnel des médiateurs, nous pensons que seuls les médiateurs peuvent proposer, porter et contrôler leur identité professionnelle. Il n’y a pas lieu que cette tâche soit déléguée. Le syndicat professionnel des médiateurs propose aujourd’hui d'engager ce travail, de façon ouverte et démocratique, et invite toutes les bonnes volontés à rejoindre cette démarche.
Si le travail est fait avec rigueur et sérieux, gageons qu’il emportera l’adhésion de tous les médiateurs. Ils comprendront facilement que la confiance que nous devons susciter de la part des usagers et des prescripteurs de médiation est essentielle pour le développement de notre activité, et que cette confiance passe par la clarification de notre identité professionnelle.
Pour en savoir plus, cliquez ici.
Jean-François Pellerin, Président du SYME
Les communaux collaboratifs : nouveau système économique
Dans son livre « La nouvelle société du coût marginal zéro » Jeremy Rifkin voit dans l’émergence des communaux collaboratifs, un « changement de paradigme économique » qui viendra selon lui, concurrencer le « capitalisme de marché », même s’il précise que cela peut prendre beaucoup de temps.
Avec le déploiement de l’accès aux nouvelles technologies, la production participative se développe et l’économie du partage s’installe et prend de l’ampleur par le biais notamment de plateformes et de startups.
C’est ainsi que l’on voit naître notamment en France, dans le monde du travail, du bénévolat et dans le domaine financier, des plateformes de production participative ou de financement participatif qui viennent modifier les comportements tant par rapport à l’accessibilité d’activités économiques ou associatives qu’aux rapports entre banquiers, investisseurs institutionnels, consommateurs et demandeurs de produits financiers et de financements.
En effet, les plateformes de « crowdsourcing » permettent l’appel sur les réseaux soit à une expertise, à un besoin de sous-traitance, rémunéré ou bénévole, ponctuel ou permanent, pour le développement d’un projet, d’une action ou d’une étude. Dans le monde financier, les plateformes de « crowdfunding », de financement participatif, permettent de se passer des banquiers et de lever des fonds directement sur le marché auprès de particuliers pour des projets économiques ou sociaux et se substituent ainsi aux établissements financiers.
Ces nouveaux réseaux modifient les comportements des consommateurs notamment ceux de produits et services bancaires et financiers.
Cette économie participative plus souple que les banques et sociétés financières extrêmement encadrées, ne peuvent réussir que si leurs « normes d’autogestion » sont clairement affirmées car des millions d’acteurs y souscrivent volontairement.
Cette économie du partage participe au changement des comportements des consommateurs que l’on se doit de prendre en compte dans la médiation de la consommation imposée aujourd’hui à tous les professionnels européens.
Le consommateur devient de plus en plus communautaire. Il se reconnait dans les autres clients. Qui mieux qu’eux peuvent témoigner de leur expérience ? Qui mieux qu’eux peuvent les aider à choisir, à résoudre un problème ? On n’accorde sa confiance qu’en ce en quoi on se reconnaît. On voit apparaître ces derniers temps, un nouveau « service client » : le selfcare : une communauté de clients répond à vos questions lors d’un achat en ligne.
Avec la montée des services de banques en ligne, les attentes vis-à-vis du banquier se modifient. En permettant de passer des ordres librement, le client devient « acteur » et donc son propre banquier. On peut relever la publicité d’une banque en ligne : « parce que mon banquier c’est moi ! » De cette prise d’autonomie, les consommateurs, ont vu leurs rôles se multiplier. Pour autant ils n’en demeurent pas moins clients et attendent une protection identique et sans faille.
Le besoin d’immédiateté devient "une norme sociale exigeante" et le 40% des français seraient dans cette logique d’immédiateté. Il n’est pas rare que dans les demandes de médiation de la consommation, qui peuvent également concerner les plateformes de financement participatif, le consommateur décrive pendant des pages toutes les actions qu’il a dû effectuer pour obtenir un produit, un service ou résoudre un problème. Il attend d’être accompagné, soutenu (« supporté »). Le consommateur s’habitue à avoir des services d’assistance (support client) en ligne 24h/24h, 7j/7. Or, selon Eptica dans son étude "les marques françaises et l'expérience client omnicanal en ligne", 54% des questions sont restées sans réponse lors d'une recherche d'information en ligne sur les sites web en 2015. Parmi les meilleurs, avec un score de 78% de questions qui trouvent une réponse, les distributeurs de produits électroniques. Parmi les plus mauvais, l'assurance (38%), les fournisseurs d'énergie (36%) et la banque (10%), c'est à dire les grands faiseurs de volumes quotidiens d'événements client et donc de demandes de « « Support client » ou soutien. On peut relever également que seuls 17% des entreprises donnent des réponses homogènes et cohérentes sur 4 canaux : email, chat, Twitter et Facebook.
Mais, il existe aussi 37% de Français qui sont de "faibles utilisateurs" d’Internet. Les professionnels doivent donc investir deux fronts: la réduction de l'effort à faire pour les clients, la recherche de simplification d'une part et le fait de permettre à tous ses clients, « branchés » ou non, de bénéficier d'un même niveau de service.
Car le consommateur est aujourd’hui sans pitié. Il ne tolère aucune erreur. Beaucoup de professionnels se plaignent de la violence grandissante des consommateurs. Dans les saisines reçues en médiation de la consommation, les médiateurs de la consommation notent souvent moins de respect, plus d’injures.
Enfin, le consommateur a besoin d’outils de diffusion des informations « responsible » c’est-à-dire fiables et conçues pour être aussi lisibles quel que soit le canal de lecture des informations (tablette, mobile, ordinateur, ...), cela devient indispensable lorsque l’on sait que l’usage des smartphones ou tablettes est en constante augmentation (+40% entre 2014 et 2015).
La relation client et le « parcours client » deviennent les piliers de l’expérience. Le consommateur communiquera plus volontiers un mécontentement qu’une satisfaction. Une expérience client positive et marquante se répand plus difficilement. Il faut, à la fois, offrir un parcours attirant, simple et rapide pour sortir le consommateur de l’indifférence ; garantir un suivi commercial sans faille pour s’assurer de l’adéquation du produit ou service vendu ; puis de sa bonne compréhension. Le service après-vente est aussi, voire plus important, que l’accompagnement au moment de la vente. Enfin, il faudra gérer le plus rapidement possible les conflits éventuels, voire mieux, les anticiper d’où l’importance de la mise en place d’un système efficace de médiation de la consommation.
Le risque pour les professionnels entravés par l’augmentation exponentielle des normes de sécurité et de contrôle, nécessaires mais peut-être trop nombreuses, c’est de ne pas pouvoir faire face au développement des échanges de pair à pair basés sur la confiance et des normes d’autogestion auxquelles ils adhèrent, sans une remise en cause sérieuse de leur relation au consommateur.
Dominique Chevaillier Boisseau, Administrateur ANM
Université Toulouse 1 Capitole
Depuis un peu plus de dix ans aujourd’hui, l’Université Toulouse 1 Capitole offre une formation dédiée aux modes amiables de règlement des différends.
C’est ainsi que fut créé le Diplôme d’Université « Droit et pratiques de la médiation » sous l’impulsion des professionnels du Droit dont le Centre de Médiation du Barreau Toulouse-Pyrénées et proposé en partenariat avec l’ANM dès 2013 afin d’attraire un réseau d’intervenants de qualité et de praticiens de la médiation. Le DU a pour objectif de permettre aux stagiaires d’acquérir les notions fondamentales de la médiation, de les former à ses techniques et à sa pratique en matière civile, commerciale et sociale afin de les accompagner dans la construction de la posture spécifique qu’est celle du médiateur. Soucieux de la déontologie et de l’éthique propre aux modes amiables et à la médiation en particulier, l’enseignement dispensé est à la pointe des dispositions tant légales et réglementaires, que des pratiques en matière communicationnelles, de gestion des conflits et de la spécificité des médiations judiciaires et conventionnelles.
Ainsi, il permet également aux participants de se perfectionner dans l’accompagnement des différends et dans la gestion des conflits à l’occasion de leur activité professionnelle initiale.
Afin de concilier vie professionnelle et formation, ce diplôme est proposé sous une forme de présentiel discontinu, à raison de 2 à 4 jours de formation par mois, hors périodes de vacances scolaires, sur une période de 13 mois allant de novembre à novembre.
La formation représente un volume horaire de près de 160 heures qui s’articule entre enseignements fondamentaux regroupant les enseignements transversaux, théoriques et pratiques, et enseignements applicatifs autour de 3 items : médiation en matière civile, sociale et commerciale.
Cet ensemble permet une mise-en-perspective de la médiation et des pratiques professionnelles comportant une dimension juridique et/ou une dimension humaine et relationnelle, au travers d’ateliers, de jeu de rôle portant dans un premier temps sur les grands principes de la médiation et dans un second sur la médiation en situation d’exercice professionnel.
Au cours de la formation, des interventions de médiateurs ou d’universitaires provenant de différents horizons et de cultures diversifiées (Belgique, Québec, etc...) sont régulièrement programmées afin d’offrir une approche transversale et enrichie de multiples visions et apports sur la médiation pratiquée en Europe et dans le monde.
Au surplus, l’Université Toulouse 1 Capitole au cœur de son objet qu’est celui de l’enseignement et de la recherche scientifique développe actuellement un programme de recherche sur la promotion des modes amiables de prévention et de règlement des différends.
Laurent Izac, Responsable pédagogique du DU « Droit et pratiques de la médiation en matière civile, commerciale et sociale »
La médiation de voisinage en Suisse romande
L’AsMéd-GE et l’AsMéd-VD se présentent
Depuis plus de 20 ans dans le canton de Genève (abréviation : GE) et dans le canton de Vaud (VD), deux associations jumelles pour la médiation de voisinage, respectivement AsMéd-GE et AsMéd-VD, offrent au public un accès aisé, gratuit ou peu onéreux, à une médiation de qualité.
Indépendantes, elles gardent des liens pour :
- préserver la qualité et harmoniser les contenus de la formation de base qu’elles proposent,
- proposer des formations continues aux médiatrices et médiateurs des deux associations
- échanger sur la pratique de médiation afin de progresser ensemble.
L’AsMéd-GE
Créée en 1994 à Genève par des personnes issues de divers mouvements et institutions sociales, l’association fonctionne selon un principe de gratuité, sans exclure les éventuelles participations financières volontaires. Elle repose pour ce faire sur l’engagement citoyen d’une dizaine de médiateurs bénévoles. Ceux-ci bénéficient de formations continues, de supervisions et d’analyses de pratique.
L’AsMéd-VD
Elle a été créée en même temps que sa sœur genevoise, en étroite collaboration pour l'élaboration des statuts, d'une charte déontologique, etc. Elle compte aujourd'hui sur une vingtaine de médiateurs bénévoles, dont la moitié environ assurent également les permanences téléphoniques bihebdomadaires.
Partis du même principe de gratuité, elle a fini par demander CHF 150.– par séance de médiation, montant qui peut être revu à la baisse si les parties font état de difficultés financières. Cette condition est apparue nécessaire pour être pris au sérieux par des acteurs professionnels tels que régies immobilières, conseils juridiques, etc., pour qui gratuité équivaut hélas trop souvent à amateurisme.
Les médiateurs des deux associations ont été pour la plupart formés en Suisse dans un institut universitaire ou dans une haute école spécialisée. Une grande partie des médiateurs sont accrédités par la Fédération suisse des associations de médiation (FSM). Les plus anciens, fidèles à l’AsMéd depuis longtemps, ont de nombreuses années d’expérience en médiation de voisinage.

Particularités des conflits de voisinage
Les demandes relatives à des conflits de voisinage émanent le plus souvent d’une seule des parties concernées, sur recommandation de sa régie immobilière, de l’association de défense des locataires, des polices de proximité, de la commission de conciliation du Tribunal des baux et loyers, ou encore de l’association d’aide aux victimes, à qui la personne s’est préalablement adressée.
Les conflits sont le plus souvent liés à des problèmes de bruits ou d’odeurs, à des insultes et à des déprédations. Plus en profondeur, on constate entre les voisins des difficultés voire une absence de communication, à l’origine de toutes sortes de préjugés, malentendus et méfiance. La médiation constitue même parfois la première occasion de rencontrer son voisin.
Activités
1. Service d’écoute
L’AsMéd-GE offre un service d’écoute téléphonique : les messages déposés sur le répondeur sont relevés et traités par le médiateur de permanence, selon une rotation hebdomadaire. L’AsMéd-GE offre également une permanence physique le jeudi soir, de 18h30 à 20h30, dans un local mis à disposition par la Mairie d’une commune périphérique de la ville de Genève.
L'AsMéd-VD propose elle aussi une permanence téléphonique. Après 7 ans passés à assurer des permanences physiques dans un local de quartier, le constat a été fait : les habitants du quartier évitaient absolument de passer nous y rendre visite (tabou du conflit !), alors que les demandes – comme d'ailleurs les médiateurs – provenaient de tout le canton. Le local a alors été remplacé par un « bureau électronique », que chaque permanent peut « ouvrir » à son domicile.
2. Service de médiation
Lorsque les conditions nécessaires à la médiation semblent réunies après un entretien avec la première partie au conflit, l’association se charge d’organiser la prise de contact avec la seconde partie pour lui proposer une écoute et une éventuelle médiation.
Pour l’AsMédGE, les entretiens de prémédiation sont assurés au local de la permanence ou par téléphone, tandis que pour l’ASMéd-VD, ils ont lieu par téléphone uniquement.
3. Formation
A la demande de régies immobilières et de centres de formation, l’AsMéd-GE comme l'AsMéd-VD organisent parfois des sensibilisations à la médiation, pour des groupes de concierges ou des femmes migrantes par exemple. L'AsMéd-GE organise également une formation annuelle de 40h. permettant d'acquérir et renforcer des compétences en matière d'écoute dans le contexte de conflits entre voisins, proches ou collègues. Celle-ci est principalement basée sur des exercices pratiques, si possible relevant d’expériences vécues, qui requièrent une implication personnelle.
Sur Vaud, les formations « de base » organisées par les soins de l’AsMéd-VD étaient un peu plus longues (8 jours). Mais le peu de candidatures, joint à l'afflux de médiateurs et de médiatrices formés ailleurs, a dissuadé l’AsMéd-VD d'organiser de nouvelles formations de base depuis 2012 !
Les deux associations accueillent régulièrement des stagiaires, qui doivent accomplir un stage obligatoire dans le cadre des formations diplômantes permettant d’obtenir l’accréditation de la Fédération suisse des associations de médiation (FSM).
A l'intention de leurs médiateurs accrédités ou stagiaires, les deux associations organisent aussi des journées de formation continue basées sur des exercices pratiques, à un rythme environ bisannuel. Ont ainsi été développés des thèmes tels que les médiations de grands groupes, l'accueil des résistances, le traitement de situations violentes, ou l'apport en médiation de la systémique, de l'Analyse Transactionnelle, de la Gestalt, etc.
Enfin, des « rencontres des actifs » permettent, 3 fois par année, la réflexion commune sur des difficultés rencontrées, l'analyse de pratiques, l'exercice par jeux de rôles, et une meilleure connaissance mutuelle ; celle-ci nous paraît essentielle, d'une part pour garantir des pratiques homogènes, d'autre part pour faciliter la conduite des séances de médiation, toujours menées par au moins deux médiateurs (souvent accompagnés d'un stagiaire en observateur).
4. Information
Malgré la taille réduite de leurs équipes, les deux AsMéd s’efforcent de répondre aux sollicitations émanant des milieux de la presse, de la politique ou des maisons de quartier. Elles mènent également d'actives politiques de relations publiques, visant à faire connaître la médiation et nos associations elles-mêmes auprès des régies immobilières, des polices locales ou cantonales, des médecins de famille, des structures d'intégration des migrants, etc. – ainsi bien sûr qu'au grand public.
5. Observations :
- La mauvaise isolation des bâtiments, quelles que soient les zones d’habitation et l’âge des immeubles, est en passe de devenir un problème de société et de santé : en amont de certains conflits, la consommation de somnifères et d’antidépresseurs visant à pallier les effets des nuisances sonores amplifie les tensions. Bien des personnes disent faire beaucoup d’efforts pour ne pas gêner leurs voisins et ressentent une intrusion insupportable dans leur vie privée.
- La diversité des modes et des rythmes de vie, provenant souvent de différences culturelles, contribue à créer des décalages entre les attentes et les niveaux de tolérance des uns et des autres.
- L’accroissement de l’isolement social semble également générer des tensions spécifiques entre voisins, dans la mesure où le conflit constitue pour certains la seule manière d’entrer en lien avec ses voisins, directement ou indirectement. En effet en cas de problèmes, d’aucuns ont tendance à appeler la police plutôt que d’aller parler avec le voisin. Lorsqu’il existe des liens, on constate davantage de tolérance et de respect.
Résultats
Chaque association reçoit annuellement entre 70 et 170 demandes par téléphone, l’AsMéd-GE environ une dizaine de demandes lors de visites au local de permanence.
Seuls 8 à 10% des demandes aboutissent effectivement à une médiation, qui comporte le plus souvent une seule rencontre de médiation, mais qui, dans des cas difficiles, peut aller jusqu’à quatre, voire plus. Le petit nombre de rencontres s’explique de deux façons : il arrive que les entretiens préliminaires permettent de désamorcer les tensions et d’apaiser le conflit et que la rencontre ne paraisse plus nécessaire aux parties, qui sont capables de communiquer directement. Il arrive aussi plus fréquemment que la partie mise en cause, qui est libre de sa décision, refuse la rencontre. Les médiateurs assurent un suivi et, dans un certain nombre de cas, une nouvelle séance est organisée quelques mois plus tard.
Concrètement, au cours des séances, les médiateurs s’efforcent de mettre l’accent sur l’importance de certains gestes de prévention des conflits de voisinage, en particulier :
- l’établissement et le maintien des liens avec les voisins, qui facilitent le dialogue en cas de problème ;
- la communication directe avec le voisin, avant d’appeler la police ;
- le réflexe d’avertir les voisins avant d’organiser une fête ou des travaux.
Certaines personnes nous remercient d’exister. D’autres rappellent quelques jours plus tard pour dire que, malgré le scepticisme exprimé lors de la médiation, celle-ci n’a finalement pas été inutile car des échanges ont eu lieu sur le chemin du retour – comme le cas de cette dame âgée qui, ne parvenant pas à contacter la compagnie de taxi, a été raccompagnée par sa voisine. Enfin, il arrive aussi après une rencontre que certaines personnes, qui ne se parlaient plus et avaient eu recours à la justice pour tenter de régler des conflits de longue durée, repartent ensemble discutant des démarches communes qu’elles allaient effectuer auprès de la régie immobilière pour demander des travaux destinés à améliorer les conditions d’habitation.
Moins réjouissant : un travail de recherche, mené auprès de personnes ayant vécu une médiation organisée par nos soins plus de 6 mois auparavant, a montré qu'une part des accords ainsi trouvés n'avaient tenu que quelques mois, même si la communication entre eux s’était améliorée.
Les notions d'échec et de succès sont décidément bien difficiles à préciser, en médiation de voisinage !
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Isabelle Raboud, Présidente de l’AsMéd-GE
Philippe Beck, Président de l'AsMéd-VD