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Retour d'expérience : Prison de Gradignan (33)

Guillaume COUDRAY - 12 Mars 2019 - Débat organisé à la demande de la direction de la maison d'arrêt

 


Vos observations et ressentis sur la tenue du débat:

Co-animation : Guillaume Coudray et Fabrice Gand

Organisation : 
Matinée 1 : 15 hommes détenus du bâtiment du Module Respect
Matinée 2 : 25 hommes et femmes détenus du bâtiment principal
étaient également présents : une élue de la mairie de Gradignan + la directrice adjointe de la prison + la directrice du SPIP

Contexte : les accès à la prison étaient entravés par des feux de palettes et pneus des syndicats de surveillants en pleine manifestation. Ils étaient agacés de la tenue d’un débat pour détenus, alors qu’eux-mêmes souhaitent être entendus sur les sous-effectifs et les bas salaires.

Nous avons remarqué des similitudes entre ces débats en prison et les débats que nous avons animés dans les espaces hors prison (à Cestas, Pessac, ...) :
- les propositions sont principalement les mêmes ;
- les plus impliqués dans le débat sont les plus âgés globalement ;
- les personnes font part d’un besoin d’information, en amont du débat, de manière à ce qu’elles soient en mesure de faire des propositions pertinentes ;
- globalement les personnes se font peu d’illusion sur l’utilité du Grand Débat National.

Nous avons également pu noter des points un peu plus spécifiques au milieu carcéral :
⁃ évocation du sujet de l’état des prisons, de la réinsertion, de la recherche d’emploi ;
- impossibilité d’agencer la salle (mobilier scellé au sol) ;

Les participants ont globalement respecté les modalités de prise de parole et l’écoute, sur la base des règles d’animation du débat, qui leur avaient été proposées en introduction.
groupe 1 : les 15 se sont exprimés
groupe 2 : seule la moitié a parlé, mais équitablement entre hommes et femmes.

Le débat a pu se situer au niveau des questions nationales et collectives, et non locales, ce qui, de notre point de vue, était enrichissant et facilitant pour la synthèse.

La plus grosse colère venait d’un gilet jaune, sous le choc de l’incarcération pour 6 mois, mais nous avons pu en filtrer les propositions.


Comment avez-vous rédigé votre synthèse ?


La directrice-adjointe de la prison, observatrice, prenait des notes, et nous avons demandé à 1 ou 2 volontaires détenus de faire leur propre restitution en complément de la directrice, pour les synthétiser ensuite en une seule.


Quels enseignements en tirez-vous ?

Confirmation du rôle essentiel du cadre de la médiation (de la neutralité), pour résister aux demandes des « Et vous qu’en pensez-vous ? » et ainsi encourager la confiance dans l’expression et la diversité des points de vue.

Mise en lumière du besoin de règles de fonctionnement strictes et partagées par l’ensemble des participants (faire valider en début de séance).

Ces débats encouragent à faire confiance dans la dynamique d’un groupe et à organiser d’autres débats à effectifs importants.


Quels conseils donneriez à vos confères animateurs de débats ?

Ne pas arriver avec une idée prédéfinie de l’importance ou de la priorité des thèmes : proposer des sujets de discussion assez précis pour délier les langues tout en restant ouvert aux centres d’intérêt de chacun (exemple : l’immigration).
- Bien définir le mode d’échange, la prise parole, surtout s’il n’y a pas de micro, comme dans la prison (ici : main levée pour prendre la parole, et se lever pour être entendu).
- Aller chercher sans forcer ceux qui ont davantage de difficulté à s’exprimer.
- Ne pas briser les colères qui s’expriment sans proposition, tout en osant interrompre pour refaire circuler la parole.
Savoir se laisser porter par la dynamique propre du groupe (le fil des sujets, quitte à ne pas tout aborder).
- Ne pas oublier de préciser les différents moyens d’expression (débat, écrits, internet) et les modalités de restitution des propositions.
- Rappeler que c’est un lieu de dialogue et d’échange entre participants (les personnes s’adressent souvent à nous, dans notre position centrale de modérateur, au lieu de se tourner vers le groupe…)

Vous êtes intéressé par la médiation ?