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Langage et médiation

La médiation, depuis quelques années s’impose dans la société comme un des processus de communication répondant à la résolution des situations de conflit. Qu’elle soit conventionnelle ou judiciaire, la médiation apparaît comme un traitement possible des différends qui surgissent entre personnes physiques ou morales. Elle apparaît, dans le langage courant, comme intimement liée, voire confondue avec la conciliation, la négociation et l’arbitrage.

Distinguer le litige du conflit

Lorsque l’on parle de situations conflictuelles, il est indispensable de distinguer le litige du conflit.

Etymologiquement, Le litige provient du latin juridique litigium qui, au seizième siècle, se transformera en litispendentia qui signifie encore à l’heure actuelle : état d’un procès pendant, contestation donnant lieu à un procès ou à un arbitrage.

Le conflit, en ancien français, signifiait le combat entre Rois qui provenant du latin conflictus, choc, de confligere, heurter, lutter et qui prend le sens figuré d’opposition de sentiments, d’opinions, d’intérêts.

En médiation, c’est dans le langage que le conflit opère. La mise en place d’un espace de liberté de parole, créé par un tiers - le médiateur - qui autorise toutes les personnes en présence à entendre, écouter, parler, expliquer, échanger leurs points de vue différents sur le conflit.

Le médiateur traite le conflit

Aussi le dispositif dans lequel le médiateur se place en tiers concerne-t-il le conflit et non le litige. Mais pour ce faire, il convient que le médiateur ait été au préalable formé à conduire ce dispositif lui permettant d’entendre dans leur singularité les faits de langage propres à chaque partie au conflit. Sa formation, qui a porté sur les différents moyens de la communication et, plus encore, sur ses propres difficultés à entendre l’autre, lui permet de recevoir sans jugement la parole de chaque sujet. Le médiateur sait par expérience qu’une médiation se vit au rythme déployé dans la langue commune par les paroles propres à chaque sujet. Il accepte, dans son savoir, de ne rien savoir. Ce non savoir tient la clef de voûte de l’espace dans lequel opère le médiateur. Cette docte ignorance, pour reprendre une expression de la Renaissance, devient le fil conducteur de toutes les paroles dites en médiation. Une attention aux signes, aux mots qui lui sont donnés à entendre, lève ainsi la souveraineté du signifiant pour accéder au signifié dans l’effet de vérité qu’il porte pour la personne qui l’énonce.

Grâce à la confidentialité, le médiateur offre un espace de parole ouvert

De mot en mot, grâce à la confidentialité, le sujet parle, se dépouille de ses artefacts, de ses représentations, de sa construction du conflit. Il va, par l’intermédiaire du médiateur, s’entendre dans la formulation de ses dires et comprendre ce qui réellement le travaille. Il va déposer, comme on dépose les armes, son mal-être, son mal-dit, et surtout ses « mal-entendus ». De ses dires surgiront à son insu sa langue singulière qui révélera sa demande réelle qui se cachait derrière sa plainte. Le conflit entre deux ou plusieurs personnes n’est que la conséquence des malentendus tombés dans la spirale de la demande première. Ces échanges de paroles, discutés, parlés, compris, vont dans cet espace ouvert de communication, trouver leur issue langagière dans l’émergence de vérités nouvelles. Le médié ne parle plus pour vaincre ou convaincre l’autre, mais pour se faire comprendre, il s’adresse à l’autre en toute dignité, dans une langue qui peut être entendue par tous. Cet espace ouvert de la parole devient le lieu de communication plurielle où chaque langue singulière peut se faire entendre du fait du travail de déconstruction qui est mis en œuvre. Il n’y a plus une langue forte, une langue faible. Il y a place pour la coexistence des langues dans leur différence. De cette déconstruction va jaillir une langue commune comprise par toutes les personnes en présence aboutissant à un accord langagier garantissant une vérité acceptable par tous !

Sonia Pinnavaïa, Déléguée régionale

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