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Descendre dans l’arène…

Tout récemment, j'ai eu le plaisir de vous faire part de la sortie de La Stratégie du Dédale®. Il s'agit d'un « serious-game » destiné à conduire des médiations que les Canadiens appellent « organisationnelles ». Concrètement, l'intervention se fait au niveau d'un service au sein d'une entreprise ou d'une administration, d'un comité de direction, entre associés ou entre membres d'une entreprise familiale ou encore, s'agissant de la vie privée, dans des situations de succession ou de prise en charge d'un parent en perte d'autonomie.

La Stratégie du Dédale® a pour but de répondre à la question souvent laissée sans réponse en médiation : « Et en pratique, quand on intervient dans un groupe, comment fait-on ? »

Sans réponse ? Sauf peut-être de la part des coachs qui, disposant des outils et méthodes du coaching d'équipe, semblaient plus légitimes que nous autres, médiateurs, pour intervenir dans un conflit organisationnel, même si le triangle de KARPMAN, qui leur tient lieu de référence, est, à la compréhension du conflit, ce que la conserve de légumes est à la ratatouille.

L'approche systémique

Pour dépasser cela, il m'a fallu quitter les gradins de l'analyse, maîtriser les techniques et recettes qui constituent les dogmes de la médiation et revisiter de fond en comble la roue de FIUTAK, afin que tout soit au « carré ».

L'approche systémique m'avait conduit depuis longtemps dans les corrals (emplacement où les taureaux attendent avant d'entrer dans l'arène). J'insiste sur le terme « approche » plutôt que sur celui « d'analyse » qui lui est souvent substitué à tort. L'analyse est de l’ordre du cartésien, au sens d'une logique qui invite à diviser en parties pour comprendre l'ensemble. L'approche, quant à elle, invite à une vision holistique et inclut le mouvement, là où l'analyse fige à un instant T.

Ce passage par les corrals m'a permis d'acquérir quelques reflexes vitaux. Le cadrage de la demande, tout d'abord, c'est-à-dire : « Qui ? demande quoi ? à qui ? de la part de qui ? pour ou contre qui ? pour faire quoi ? et pourquoi maintenant ? ». Ce préalable, cette approche, permet d'éviter les pièges nés de la relation entre l'intervenant et le mandant. La co-construction de cartes relationnelles, avec le mandant et/ou les personnes désignées comme étant en conflit permettent, pour ce qui les concerne, d'établir un indispensable état réaliste des forces et des enjeux en présence. Sans être exhaustif, il faut également considérer les hypothèses systémiques en lien avec les frontières, les cycles de vie et la fonction du conflit, autant de regards indispensables pour aborder une médiation organisationnelle.

L'approche ainsi menée tend parfois à modifier le fonctionnement du système et il peut se trouver que cette modification suffise à apaiser la situation et à l'engager sur une voie de résolution.

Mais, lorsque cela n'est pas le cas, il n'est plus possible de faire l'économie d'entrer dans l'arène. Autant je me sentais de taille pour mener une intervention entre deux lions (on a tous un côté Sainte Blandine) autant je me sentais très démuni à l'idée de me retrouver au milieu d'une équipe de chats sauvages.

Des triangulations multiples

En effet, dans une médiation entre deux personnes, le rôle du médiateur consiste à permettre une triangulation positive pour sortir de l'escalade symétrique ou complémentaire propre aux relations duelles. Cette posture de triangulation est intenable pour un médiateur dans un groupe tant les interactions sont nombreuses et simultanées.

Il fallait donc trouver non pas un mais des objets de médiation, extérieurs à la personne du médiateur.

La lecture déjà ancienne de l'ouvrage de Jacques-Antoine MALAREWICZ Le couple, 14 définitions décourageantes donc utiles m'est revenue à l'esprit sous forme d'Eureka. Il y est question de thérapie de couple menée avec l'utilisation d'une calculette, d'une paire de ciseaux et d'un fil. Du fil à Ariane, d'Ariane au Dédale, du Dédale au Minotaure, du Minotaure à l'arène : nous y étions. Cette première incursion dans la thérapie familiale a été suivie de plusieurs autres pour trouver d'autres sources d'inspiration et notamment Les objets flottants : Méthode d'entretien systémique de Philippe CAILLE et Évelyne REY et leur « jeu de l'oie systémique ».

Pour aller vite, le reste se présente comme une potion magique dont j'espère qu'elle aura les mêmes effets sur le conflit que celle de Panoramix contre les Romains, avec des emprunts à l'orientation solution de Steve de SHAZER, au dialogue et à la reformulation stratégique de Giorgio NARDONE, à l'approche narrative de Michael WHITE et au clean language de David EPSON.

Tous ces apports relèvent du pragmatisme de l'École de PALO ALTO qui constitue le socle de La Stratégie du Dédale®. Il n'est cependant plus question d'approche mais bien plutôt d'intervention systémique.

Le pragmatisme comme règle d'or

Cette exigence de pragmatisme m'a, par ailleurs, conduit à travailler en parallèle la conception et les tests.

J'ai pu réunir, sans trop de difficulté, et je les en remercie infiniment, un certain nombre d'auditeurs qui avaient suivi la formation de Médiation au CNAM que j'ai longtemps animée.

Le premier travail avec eux a consisté à affiner un cas pratique adapté. Il se déroule dans une entreprise connaissant une difficulté à un moment donné. Divers points de vue y sont représentés entre la PDG, son Adjoint Directeur Technique, l'Assistante immémorable, une joviale DRH, une Représentante Syndicale, et un Directeur Commercial aux dents longues, nouvellement arrivé.

Préalablement, j'avais travaillé avec une graphiste sur des cartes métaphoriques et cette dernière a su prendre immédiatement la bonne voie de l'origami et du bleu qui donne un caractère sérieux pour intervenir en entreprise. Ces cartes représentent l'image d'un DÉDALE, d'un MINOTAURE, d'un FIL, d'un PEGASE, d'un PUITS, d'un COUTEAU, d'un PONT, d'une TOUR et d'un BOULIER.

Au verso de chaque type d'image figure un texte proposant une polarité coût / bénéfice en lien avec l'image au recto.

Le reste s'est mis en place petit à petit, sur la base du premier déroulé de méthodologie que j'avais écrit.

Après avoir testé une phase, je la réadaptais complètement pour tenir compte des difficultés et des observations qui m'avaient été faites lors du Crash-Test. Cette modification impactait sur toutes les autres phases à suivre, que je re-rédigeais. Dans le même temps, je menais une médiation « en vrai » qui me permettait de tester la réécriture de la première phrase et qui m'imposait de nouvelles modifications. C'est ainsi que, de réussites en échecs, de jeu de rôle en application in vivo, s'est faite l'écriture d'une notice, terme voulu technique pour être adaptée au monde de l'entreprise.

De la même manière, le texte au verso de chaque image des cartes métaphoriques s'est affiné au fur et à mesure de la mise en pratique.

En pratique

En pratique, La Stratégie du Dédale® se déroule en 4 phases :

  • clarification
  • implication
  • coopération
  • solution

Le médiateur joue un rôle très important pour conduire les échanges de manière à ce qu'il en ressorte des éléments concrets et concis. Le travail avec les participants s'appuie sur l'effet métaphorique des 9 cartes métaphoriques.

Voici, par exemple, comment il est procédé pour construire l'accord sur le désaccord (rappelons tout d'abord que l'accord sur le désaccord ne se limite pas à la clarification / délimitation des points de désaccord. Il constitue le constat fait par les parties que la relation entre eux dysfonctionne et la décision prise de modifier cette relation).

Après avoir été conduit à faire le constat que quelque chose devait changer dans la relation, les participants sont invités à définir ce qui doit changer dans la relation par le choix, fait individuellement d'une carte métaphorique qui « dit quelque chose ou permet de dire quelque chose de ce qui doit changer dans la relation pour dépasser le conflit (même de peu) ».

Ceci fait, le médiateur invite les participants à un tour de table pour que chacun exprime et explicite la carte qu'il a choisie.

Enfin par effet d'entonnoir, un travail de groupe est mené pour choisir et ne retenir qu'une carte commune.

Par ailleurs, à l'occasion d'une présentation de La Stratégie du Dédale® à des coachs, j'ai pu constater que les cartes métaphoriques pouvaient leur être d'un précieux secours. J'ai donc décliné le serious-game pour une application en coaching.

À titre d'exemple, « 6 étapes orientées objectif » se déroulent de la manière suivante :

Dans l'ordre des points suivants, le coach invite à choisir une carte qui « dit quelque chose ou qui permet de dire quelque chose » de…

  1. là où vous êtes aujourd'hui
  2. là où vous voulez aller demain
  3. ce dont vous avez besoin pour y aller
  4. (des) efforts que vous êtes prêt à faire pour y aller
  5. vos limites pour y aller
  6. vos ressources pour y aller

Je me permets d'espérer que La Stratégie du Dédale® soit une mise en application du point de vue de Irvin YALOM, pour qui l'esprit fonctionne avec des images qu'il convient de transformer en pensées puis en actions ; le rôle du médiateur étant d'être le guide de ces transformations.

Jean-Édouard Robiou du Pont, Adhérent

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